• L’axe « Décentrements » se structure autour d’une notion dont la polysémie et l’actualité sont à même de fédérer divers projets de recherche relevant d’approches à la fois « contemporanéistes » et transhistoriques, et s’inscrivant dans des perspectives autant épistémologiques, socio-politiques que poétiques.
  • Encore peu exploré selon une dynamique transversale, le décentrement concerne, dans un sens général, « l’action de se décentrer ». La diversité des types et modes de décentrement possibles se manifeste par les acceptions plurielles de cette notion dérivée du verbe « décentrer », qui suggèrent d’emblée cinq orientations de recherche possibles.
  1. Dans un sens dit littéraire, « décentrer » se rattache à l’idée de « changer de centre », mais aussi à celle de « perdre son centre ». Cette ambivalence souligne d’emblée que penser les décentrements suppose de mener une réflexion sur ce que l’on entend par « centre(s) » et implique de réfléchir aux mouvements multiples qui accompagnent l’action de se décentrer, ainsi qu’aux échelles du décentrement.
  2.  En psychologie, le « décentrement » désigne l’idée d’« éloigner de soi le centre d’intérêt de quelque chose ». Cette définition peut faire écho à la question des rapports entre « soi » et « l’autre », et de la nature de ces rapports. En l’occurrence, « l’autre » pourrait notamment se référer à celui ou celle qui entretient une relation avec le centre (cf. alter), mais désignerait aussi celui ou celle qui s’écarte radicalement du centre (cf. alius). Dans les deux cas, la question des relations entre les « périphéries » et les centres est essentielle[1].
  3. Dans le contexte de la technologie, « décentrer » consiste à déplacer le centre de gravité d’un élément, et par extension, à le faire tourner autour d’un point autre que son centre de gravité. Il émergerait ici la question d’un possible transfert / « report » d’un centre à un autre, à même d’interroger la notion de décentrement dans une perspective transhistorique.
  4. Dans le domaine de l’optique, le « décentrement » désigne un « défaut d’alignement des centres des lentilles d’un appareil d’optique ». Cette idée de « défaut d’alignement » incite à envisager la question du rapport à la norme et au canon (la « norme » et le « canon » ne renvoyant pas tout à fait aux mêmes référents et figures que le « centre »), et, plus largement, à procéder à une critique de la normalisation de certains concepts, objets et représentations récurrents dans nos disciplines.
  5. Enfin, on pourra envisager de manière critique la notion autour de laquelle se déploie cet axe, notamment en interrogeant la nature problématique de certains décentrements.
  • Sans négliger le développement de réflexions extrêmement précises, les recherches pourront se décliner au croisement de différents champs d’études, et seront aussi l’occasion de repenser les frontières disciplinaires traditionnelles.
  • Les travaux pourront s’inscrire dans une approche sociopoétique et/ou dans les champs des études mémorielles, post- et décoloniales et subalternistes. Ces programmes pourront également relever du champ des études féminines, féministes et de genre : catégorie centrale dans les « études féminines » et la critique littéraire féministe, l’idée de différence renvoie par exemple à un regard décentré sur les constructions socio-culturelles et littéraires des figures, éthè et postures féminins. Elle peut ainsi engager une réflexion autour des notions d’« écriture féminine », d’« écriture des femmes », et sur les traditions et généalogies féminines.
  • Cet axe pourra également accueillir des programmes portant sur les dynamiques de résistance, d’engagement, d’expressions dites mineures et/ou sur le concept de vulnérabilité. Dans ce contexte, on pourra par exemple convoquer la notion de déterritorialisation (Deleuze) afin d’explorer les lignes de fuite des écritures nées d’un décentrement tant géographique qu’épistémologique, produites par des auteurs « en marge » des systèmes codifiant langue et expression du trauma ; l’étude d’aires linguistiques dites mineures, c’est-à-dire décentrées par rapport à des canons littéraires et/ou culturels, serait ainsi mise au service d’une interrogation au sujet de la notion de vulnérabilité, et surtout de la force recréatrice des poétiques qui s’y rattachent.
[1] D’ou l’intérêt à notre sens de ne pas fondre cet axe dans une réflexion générale sur « l’altérité », notion qui, en outre, n’est pas des plus originales au sein de la recherche : la notion de «décentrement», qui a été très peu traitée dans une perspective transversale, nous semble mettre plus explicitement l’accent sur une dynamique relationnelle.

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