Responsables scientifiques : Hélène Vial et Alain Montandon

Nous proposons un programme de recherches dans une large perspective d’interrogation des interactions sociales et de sociopoétique. L’axe fondamental de cette thématique est la confrontation avec l’altérité (représentée par cette espèce animale, bien moins familière pour l’homme que les mammifères et autres animaux). Les représentations de l’insecte — variables au cours des siècles et des cultures — amènent l’être humain dans un mouvement de décentrement à s’interroger sur sa cohabitation avec les insectes, à faire l’expérience de l’altérité, l’amenant à s’interroger sur sa propre identité et son statut dans le monde. Enfin le comportement des insectes est mis en regard avec les relations sociales humaines et leurs dispositifs.
De nombreux concepts sont mis en jeu dans cet horizon, tels la liminalité, le décentrement, l’altérité, l’identité, la conscience, l’instinct, la culture et la nature, la proxémique, la petitesse, le temps éphémère, la mimesis, la métamorphose, l’intentionnalité, le langage, le corps, mais aussi des concepts économiques, architecturaux, musicaux.

Les représentations socio-culturelles concernant les insectes sont à prendre en compte : savez-vous qu’au Japon le plus célèbre des écrivains français est Jean-Henri Fabre. Et je ne parle pas du culte des lucioles, de Soseki, Myazaki à Didi-Huberman !
Les écrivains concernés sont légion : Proust, Kafka, Goethe, Sterne (la mouche de Toby), Edgar Poe (Scarabée), Sartre (Les mouches), Aristophane (Les guêpes), Maeterlinck, Carver, William Golding, Hoffmann, Lafcadio Hearn, Byatt, Henri Michaux, Lucrèce, Boris Vian, Anatole France, l’abbé Pluche, Roger Caillois, Leena Krohn, Abe Kobo, Nicolas Bouvier, Mandeville, etc. ! etc. !

Nous avons défini des grands axes pour cette étude :

* Mythes et mythologie des insectes.
Depuis les temps les plus anciens, les hommes se sont intéressés à ces créatures souvent perçues comme étranges et ont forgé des histoires et des récits mythiques les concernant. Leur petitesse, leur métamorphose, leur dynamisme et parfois leur nuisance ont inspiré de nombreuses cultures de Mélissa en Grèce ancienne au scarabée sacré en égypte, dans les populations aborigènes ou scandinaves. Horrible (comme le taon poursuivant Io), ayant le don de divination, sacré ou détesté, l’insecte a toujours fasciné et nourri l’imaginaire de hommes.

* sociétés animales et sociétés humaines
Les descriptions entomologiques aussi bien qu’ethnologiques ont confronté les comportements sociaux des insectes et des hommes. Différences et ressemblances font l’objet de discours tant sociologiques que politiques (Mandeville).

Les modèles sociaux des insectes sont-ils une référence pour les humains ? De même que doivent les architectures humaines aux constructions des insectes ? De Pappus d’Alexandrie à Réaumur, nombre de réflexions ont alimenté le débat.
* discours et représentations

Il s’agit d’analyser les discours relatifs aux insectes (la stylistique de l’entomologie ! de Pline, Olivier à Jean-Henri Fabre) tant d’un point de vue linguistique que lors de leurs représentations graphiques, musicales, dans l’art photographique et cinématographique, et également dans le arts décoratifs (joaillerie, design, tissus et papier peint)
* les insectes dans la littérature de jeunesse
Il y a dans les albums et dans les livres à destination des enfants et des adolescents de nombreuses représentations de l’insecte et des insectes. Je passe sous silence toute la série des « Minuscules » (encore que !), mais je pense aux contes, aux romans et aux fables. Les illustrations sont aussi ici à prendre en compte.

* les insectes en poésie
Plus d’un poète a rencontré ou a été inspiré par cette figure animale. De Pindare à Henri Michaux, de Goethe à Emily Dickinson ou Robert Frost, de Thomson à Raymond Queneau, de Pierre Perrin à Neruda… Que signifie l’insecte en poésie ? Qu’y a-t-il de poétique dans ces animaux ? quelle emprise sur le lyrisme ? quels ressorts moraux, didactiques, hermétiques ?

Ce projet de recherches pour le quinquennal renouerait la grande tradition du CRLMC/CELIS consacrée aux interactions sociales qui s’est intéressée à de grands thèmes, non seulement comme le savoir-vivre, la promenade, la danse, le baiser, l’hospitalité, etc., mais également à la question des relations littérature et animaux qui avait donné lieu à la soutenance de plusieurs thèses, plusieurs publications, un colloque à Londres, etc.. Avec l’insecte, c’est une nouvelle problématique qui s’ouvre et de nombreuses perspectives possibles.