Axe « Intermédialités et Interactions sociales » : Implication et Projets

Responsables : Christophe Gelly et Gaëlle Loisel
L’axe intermédialité et interactions sociales se concentre sur l’étude des phénomènes de circulation d’un medium à un autre et d’interdépendance entre des formes et modes d’expression artistique dans un contexte politique et social déterminé. Cette approche s’articule nécessairement à une perspective en partie diachronique, qui vise à rendre compte de l’évolution d’une même fabula à travers diverses incarnations artistiques (transmédialité) ; elle prend également acte de l’effacement progressif des frontières et de la hiérarchie culturelle entre œuvre source et œuvre cible (telle qu’elle a été pensée dans le cadre des théories de l’adaptation[1]). Les cas d’intermédialité (manifestation des mêmes procédés stylistiques sous des formes différentes selon les media) et de plurimédialité (coexistence de plusieurs media à l’intérieur de la même œuvre) pourront également être abordés, dans la continuité des travaux[2] qui ont défini ces catégories. Plus généralement, il s’agit de comprendre les phénomènes de dialogues et les influences réciproques entre les arts et les courants esthétiques. Ces phénomènes seront abordés dans le cadre d’études portant sur les adaptations, les manifestations des mêmes courants esthétiques dans des media divers, et les liens entre les arts (transfert d’une forme artistique d’un medium à un autre : par exemple une forme poétique et sa transposition en musique).

[1] Thomas Leitch, Film Adaptation and its Discontents, Baltimore, John Hopkins UP, 2007.
[2] André Gaudreault et Thierry Groensteen (dirs.), La Transécriture. Pour une théorie de l'adaptation. Littérature, cinéma, bande dessinée, théâtre, clip, Québec, Editions Nota Bene, 1998.

Ces recherches pourront se décliner selon les orientations suivantes :

Traductions intermédiales :

On pourra aborder la question de la traduction, comprise dans une acception large, qui renverra à la fois à la contextualisation des traductions d’une même œuvre d’une langue à une autre, et à des pratiques de « traduction intersémiotique », selon les termes de Roman Jakobson[1], par lesquelles un artiste cherche à créer un équivalent d’une œuvre dans un autre système de signes ou d’une forme à une autre (de la tragédie vers la tragédie lyrique, par exemple). Cette approche de la traduction, qui invite à confronter traduction « interlinguale » (de langue à langue) et traduction intermédiale, a également été initiée par George Steiner qui, dans Après Babel[2], souligne la proximité des enjeux de ces deux pratiques.

[1] Roman Jakobson, « Aspects linguistiques de la traduction » (1959), Essais de linguistique générale, trad. Nicolas Ruwet, Paris, Minuit, 1963, p. 79.
[2] George Steiner, After Babel, Aspects of Language and Translation, London, Oxford UP, 1975.

Intermédialité : la littérature et les arts :

Les recherches menées pourront également se concentrer sur les rapports entre littérature et arts (architecture, cinéma, peinture, musique, sculpture, danse, théâtre, bande dessinée). On pourra, dans cette perspective, analyser la coexistence de différents mediums au sein d’une même œuvre ; il sera également possible de travailler de façon métacritique sur l’évolution des discours autour des spécificités de chaque medium et de la pratique de la traduction intermédiale (est-il possible de tout traduire en musique, en peinture, au cinéma, etc. ?).
  • L’ouvrage dirigé par Alain Montandon, L’Insecte dans tous ses états, s’attachera ainsi à étudier la façon dont les insectes amènent les artistes à développer de nouvelles ressources esthétiques, tant en peinture, gravure et dessin, en joaillerie, tapisserie, faïence, papiers peints, affiches, sculptures, photographies, mode, costumes de théâtre et de ballet, installations, arts décoratifs, illustration et bestiaire, blasons, bande dessinée, carte postale, timbre, haute couture, etc.
  • À la suite de la journée d’études « Les insectes et la musique » (17 septembre 2020), soutenue par la MSH, Alain Montandon et Benjamin Lassauzet (CHEC) préparent en 2021 un ouvrage consacré aux représentations musicales des insectes dans l’histoire de la musique, de l’Antiquité nos jours. Les sons produits par les insectes ont été à l’origine de très nombreuses créations musicales qui chacune livre une expression particulière de la façon dont est représenté, transposé, transformé et réapproprié le “chant” de l’insecte choisi.
Par ailleurs, plusieurs projets verront le jour, en lien avec le champ des études mémorielles.
  • La revue Mémoires en jeu (dir. Philippe Mesnard), dont le site sera prochainement renouvelé, consacrera ainsi trois dossiers invitant à la confrontation de plusieurs media :
Mémoires en jeu, no 13, « Monuments », Paris, Kimé, 2021.
Mémoires en jeu, no 14, « Génocides oubliés », Paris, Kimé, 2021.
Mémoires en jeu, no 15, « Mémoires numériques », Paris, Kimé, 2021.
 
  • Philippe Mesnard organisera un colloque international intitulé « Paysage de mémoires, mémoires de paysage » (coorganisation avec l’INSPE Chamalières), les 16 et 17 décembre 2021, privilégiant une approche transversale des questions graphiques dans le champ mémoriel.
  • Philippe Mesnard organisera une exposition en automne 2021 (coorganisation avec l’INSPE Chamalières).
  • Viviane Alary organisera une journée d’études sur « La bande dessinée entre histoire et mémoire » le 7 mai 2021 (initialement prévue en octobre 2020), MSH de Clermont-Ferrand.
  • Un ouvrage sur la rénovation de la bande dessinée hispanique (actes du colloque de 2018 Unicomic à Alicante) sera publié par le GRIMH (Groupe de Réflexion sur l'Image dans le Monde Hispanique, Lyon) dans la collection ZOOM en 2021. Cette publication inaugure le projet COST iCOn-MICS (2020-2024).
  • Viviane Alary et Laura Caraballo (chercheuse postdoctorale) organiseront à Alicante, en mars 2021 (initialement prévu en 2020), un colloque international interdisciplinaire sur la bande dessinée « Unicómic XXIII. II Congreso Internacional de Estudios Universitarios sobre el Cómic », en partenariat avec l’Université de Valence et l’Université d’Alicante.
Dans le domaine des études filmiques, Christophe Gelly propose plusieurs projets qui s’articulent à la notion de rapports intermédiatiques :
  • Publication des actes remaniés du colloque « Métafiction et cinéma » (novembre 2019) dans la revue en ligne La Furia Umana, prévue en 2021. Plusieurs des approches proposées mettent en relation une lecture comparatiste de différents médiums
  • Publication d’une monographie La Dystopie à l’écran (possiblement chez Rouge Profond, Aix en Provence) prévue pour fin 2021. Cette monographie traitera en partie de la problématique de l’adaptation et de l’évolution des pratiques intermédiales dans le cadre spécifique du genre dystopique.
 
  • La sixième édition du festival Littérature Au Centre (LAC), a été reportée en mars 2021. Cette édition consacrée à la thématique «Littérature et animal» mettra en jeu de nombreuses modalités médiatiques distinctes dans l’incarnation de l’animal dans ou hors de la littérature, notamment au cinéma, au théâtre, dans la sculpture et dans la peinture. Responsables : Stéphanie Urdician et Catherine Milkovitch-Rioux.
 
  • La revue interdisciplinaire en ligne LIPA (LIttérature, Performance, Arts de la scène / LIterature and the Performing Arts), dirigée Adeline Chevrier-Bosseau, Gaëlle Loisel, Fanny Platelle, et actuellement en projet, permettra, elle aussi, d’interroger les interactions entre littérature et arts de la scène (danse, opéra, théâtre, cirque, performance…).

Interactivités intermédiales :


Un autre champ d’études pourra être consacré à la conception d’une œuvre destinée à être perçue et / ou diffusée à travers différents mediums simultanément. Des exemples pris dans la création contemporaine montrent en effet que de nombreuses œuvres existent par la mise en place de contenus sur des supports textuels, visuels et numériques. Ce phénomène étudié par Henry Jenkins[1] met en jeu des interactions entre les mediums qui produisent des effets de sens de façon novatrice.
  • La publication du volume collectif ABC… La poésie visuelle est-elle toujours expérimentale ? (dir. Lucie Lavergne, Daniel Rodrigues, Bénédicte Mathios et Michaël Grégoire) aux PUBP en 2021, s’inscrira dans ce domaine d’études.
 
  • Dans le champ de la recherche-création, la tenue de l’Université d’été européenne du RESCAM (Réseau Création, Arts et Médias), qui devait se tenir du 3 au 5 juin 2020 à la Maison de la Création et de l’Innovation (MaCI) de l’Université Grenoble Alpes, et à laquelle devaient participer Catherine Milkovitch-Rioux et Nathalie Vincent-Munnia, a été reportée une deuxième fois à juin 2021. Cette manifestation intègre un certain nombre d’interventions en lien direct avec la création contemporaine et la question des interactions médiatiques.
  • Un workshop Recherhe-Création (#recherche-création) sera organisé par Stéphanie Urdician et Catherine Milkovitch-Rioux le 14 octobre 2021 à la MSH de Clermont-Ferrand (date à confirmer).
  • Une journée d'études sera organisée par Catherine Milkovitch-Rioux et Nathalie Vincent-Munnia le 18 novembre 2021 à la MSH de Clermont-Ferrand.
L’ensemble de ces pistes de recherche pourra être décliné pour aborder soit des corpus déjà constitués (dans le cas des adaptations ou dans le cas des comparaisons intermédiales) soit des corpus en cours de construction faisant appel à des supports peu étudiés jusqu’à présent (littérature publiée en ligne, contenu interactif de certaines œuvres contemporaines). Les travaux de Linda Hutcheon[2] ont montré l’émergence d’une création fondée sur ce principe d’interactivité et d’influence réciproque des supports ; il s’agira donc d’une dimension tout à fait pertinente pour l’étude de l’intermédialité.

[1] Henry Jenkins, Convergence Culture—Where Old and New Media Collide, NY, New York University Press, 2008.
[2] Linda Hutcheon, A Theory of Adaptation, London, Routledge, 2012.

Intermédialités et interactions sociales :

Au-delà de l’interaction entre les supports d’expression artistique, l’approche de l’intermédialité pourra également se décliner selon une dimension d’interaction sociale, qui présuppose une contextualisation historique, sociale et parfois politique des phénomènes de transferts d’un mode d’expression vers un autre. Cette dimension est susceptible d’être abordée de façon diachronique en tenant compte des variations de la perception des media dans la société au cours de l’histoire. Dans une perspective qui est celle de la réception, l’étude des transferts culturels pourra ainsi se conjuguer avec celle des transferts artistiques.
  • C’est dans cette perspective que s’inscrit le projet COST (Coopération Européenne en Science et Technologie) porté par Daniel Rodrigues (CELIS), et différents partenaires de l’Université de Minho et de l’Université de Porto, projet intitulé « Nouveaux portraits : intermédialités et politiques identitaires » (le projet sera déposé en avril/ mai 2021). Ce projet traite en effet, de façon comparative, de la question des interactions sociales et de la question de l’identité dans différents