Responsables : Chloé Chaudet, Anne Garrait-Bourrier, Assia Mohssine
L’axe « Décentrements » se structure autour d’une notion dont la polysémie et l’actualité sont à même de fédérer divers projets de recherche relevant d’approches à la fois « contemporanéistes » et transhistoriques, et s’inscrivant dans des perspectives autant épistémologiques, culturelles, socio-politiques que poétiques.

Encore peu exploré selon une dynamique transversale, le décentrement concerne, dans un sens général, « l’action de se décentrer». La diversité des types et modes de décentrement possibles se manifeste par les acceptions plurielles de cette notion dérivée du verbe «décentrer», qui suggèrent cinq orientations de recherche possibles – qui seront a priori toutes exploitées en 2021.

Penser les décentrements : concepts, mouvements, échelles :

Dans un sens dit littéraire, « décentrer » se rattache à l’idée de « changer de centre », mais aussi à celle de « perdre son centre». Cette ambivalence souligne d’emblée que penser les décentrements suppose de mener une réflexion sur ce que l’on entend par «centre(s) » et implique de réfléchir aux mouvements multiples qui accompagnent l’action de se décentrer, ainsi qu’aux échelles du décentrement.

  • Dans une perspective tant géographique qu’idéologique, les études postcoloniales se sont inscrites dans une volonté de décentrement par rapport aux imaginaires associés aux centres décisionnels des Empires coloniaux. Les études décoloniales initiées dans l’aire latino-américaine ont ensuite proposé une autre lecture de la colonialité, en procédant à un deuxième décentrement par rapport à certaines catégories des études postcoloniales. Les articulations et/ou prolongements possibles entre les deux champs seront (entre autres) explorés selon une approche sociocritique dans le cadre du Congrès de l’Institut International de Sociocritique qui aura lieu à Clermont-Ferrand du 16 au 18 juin 2021, « Sociocritique et “tournant décolonial” : convergences et perspectives », organisé par Assia Mohssine.
  • Une journée d’études intitulée « Traditions, ruptures, reprises : représentations du corps et des émotions dans la littérature de jeunesse, du soviétique au post-soviétique » sera organisée par Katia Сennet, les 11 et 12 juin 2021, à la MSH de Clermont-Ferrand.
  • Le programme « Hors Frontières. Écritures du déplacement dans une perspective mondiale » (Université Clermont Auvergne, CELIS / Université Sorbonne Nouvelle, CERC et THALIM ; coord. Chloé Chaudet pour le CELIS, Claudine Le Blanc et Muriel Détrie pour le CERC, Sarga Moussa pour le THALIM) examine les modalités et enjeux d’une littérature du déplacement envisagée dans une perspective internationale (faisant intervenir les contextes européens, américains, africains et asiatiques du XIXe au XXIe siècle). Il trouvera son aboutissement en 2021 dans la publication des actes de deux années de séminaires et journées d’étude (2018-2020) dans la revue en ligne TRANS-.
  • Une journée d’études intitulée « Fictions de l’Extrême-Orient : places de l’Asie sur la scène culturelle mondiale » sera organisée par Yvan Daniel et Manon Amandio (ATER en littérature comparée), le 4 juin 2021. Cette journée se propose d’explorer la manière dont les fictions, qu’elles soient purement littéraires ou transmédiatiques, ont construit des imaginaires de l’Asie. L’objectif de cette journée n’est pas de dresser un panorama des relations entre Orient et Occident mais plutôt d’interroger la nature et la fonction des représentations de cet Autre suprême qu’incarne généralement l’Asie pour les aires culturelles qui la mettent en scène, qu’il s’agisse de l’Europe occidentale ou d’autres nations et continents qui illustrent la complexité et la richesse des transferts culturels entre l’Asie et le reste du monde. Suivant une démarche résolument comparatiste, il s’agira d’accorder une importance particulière à la façon dont différents centres ont pu fantasmer l’Asie et aux rapports de force impliqués par la transformation en ressort fictionnel dont elle fait l'objet.

Rapports entre « soi » et « l’autre » :

En psychologie, le « décentrement » désigne l’idée d’« éloigner de soi le centre d’intérêt de quelque chose ». Cette définition peut faire écho à la question des rapports entre « soi » et « l’autre », et de la nature de ces rapports. En l’occurrence, « l’autre » pourrait notamment se référer à celui ou celle qui entretient une relation avec le centre (cf. alter), mais désignerait aussi celui ou celle qui s’écarte radicalement du centre (cf. alius). Dans les deux cas, la question des relations entre les « périphéries » et les centres est essentielle.

  • Nicolas Violle organisera une journée d’études intitulée : « L’écriture du sport et les représentations de l’altérité dans le monde à l’époque contemporaine » (MSH de Clermont-Ferrand, 19 octobre 2021).
  • Jean Ghidina organisera une journée d’études sur « Moirures transalpines à travers des récits de voyage et des échanges épistolaires du XIXe au XXe siècle : Stendhal, De Amicis, Barrès, Giono… Décalage, ressourcement, altérités inchoatives » (10 décembre 2021) qui comportera au moins deux aires dynamiques : le Frioul et la Sardaigne. L’intérêt de cette mouvance réside dans sa capacité à représenter la dialectique entre la préservation d’une identité et l’intrusion de la modernité et à transcender certains poncifs oléographiques sur l’Italie.
  • La journée d’études « De l’invisibilité à la visibilité : représentations des marges diasporiques », organisée par le centre de recherche ECLLA (Études du Contemporain en Littératures, Langues et Arts) de l’Université Jean Monnet, Saint-Étienne, en collaboration avec le CELIS (Centre de Recherches sur les littératures et la Sociopoétique) de l’Université Clermont Auvergne, sous la direction de Christine Dualé, Anne-Lise Martin-Lamellet (ECCLA) et Marlène Barroso-Fontanel (CELIS) aura lieu le 27 mai 2021 à l’Université Jean Monnet Saint-Étienne. Cette journée d’étude, qui devrait être la première d’une série sur le sujet, propose de s’inscrire dans une perspective culturelle, littéraire et artistique afin de réfléchir aux pratiques d’actrices et d’acteurs de la marge, et de montrer leur cheminement de « l’invisibilité » à la « visibilité » pour se situer au-delà des normes établies et proposer leurs représentations identitaires et diasporiques. Elle sera l’occasion de montrer comment cet espace de représentations, mais aussi de créations, produit une culture « visible » et identifiable dans un esprit d’altérité.
  • Le programme Insectomania (direction : Yvan Daniel et Alain Montandon), au croisement de la sociopoétique et de l’écocritique, déroulera sa première phase sur l’année 2021, en associant, dans une démarche pluridisciplinaire et internationale, plusieurs équipes de recherche de l’UCA (CELIS, CHEC, LMGE Génome et Environnement) et plusieurs partenaires extérieurs (Université de Lille, Muséum national d’Histoire naturelle, Institut d’anthropologie historique de Berlin, Université de Bâle, Université de Lausanne, Université de Bilbao, Université des Etudes internationales de Pékin, notamment). Le programme comporte la journée d’études : « Les insectes et la métamorphose » (MSH de Clermont-Ferrand, 6 mai 2021) ; Journée d'études junior : « Poétique et poésie de l'insecte » (18 mai 2021) ; le séminaire « Observer et Décrire » (Charroux, 26-28 août 2021) et le colloque « Poétiques et poésie de l’insecte » (MSH de Clermont-Ferrand, 24-26 novembre2021).

Ce projet donnera lieu à plusieurs publications, sur 2021 : un volume L’insecte dans tous ses états (Clermont-Ferrand, PUBP) ; un volume Les insectes dans la littérature de jeunesse (Clermont-Ferrand, PUBP) ; ainsi qu’une première synthèse sous la forme d’un Dictionnaire culturel et littéraire des insectes (Paris, Honoré Champion).

  • En 2021, l’axe « Décentrements » entre tout particulièrement en dialogue avec le séminaire de sociopoétique et les manifestations lui étant associées, via le programme « Habiter ailleurs » (volet « Sociopoétique de l’habitat temporaire »), porté par Françoise Le Borgne et Alain Montandon. Nous renvoyons à ce titre à la présentation détaillée du séminaire de sociopoétique, programme transversal et fédérateur du CELIS.

Décentrement et transhistoricité :

Dans le contexte de la technologie, « décentrer » consiste à déplacer le centre de gravité d’un élément, et par extension, à le faire tourner autour d’un point autre. Il émergerait ici la question d’un possible transfert / « report » d’un centre à un autre, à même d’interroger la notion de décentrement dans une perspective transhistorique.

  • L’ouvrage collectif La Littérature de voyage aujourd’hui. Héritages et reconfigurations (dirigé par Philippe Antoine, Chloé Chaudet, Gilles Louÿs et Sarga Moussa, dans le cadre d’une collaboration entre l’Université Clermont Auvergne / CELIS, l’Université Sorbonne Nouvelle / THALIM et l’Université Paris-Nanterre / CSLF) s’inscrit dans cette perspective, en abordant selon une approche transséculaire les renouvellements de la littérature de voyage de langue française – révélant notamment le rôle à présent central des auteur·e·s « francophones » dans la littérature de voyage. Aboutissement du colloque qui s’est tenu fin 2019 à la Sorbonne Nouvelle, l’ouvrage paraîtra en 2021 dans la collection « Voyages contemporains » de La Revue des lettres modernes.

Décentrement et critique des normes :

Dans le domaine de l’optique, le « décentrement » désigne un « défaut d’alignement des centres des lentilles d’un appareil d’optique». Cette idée de « défaut d’alignement » incite à envisager la question du rapport à la norme et au canon (la « norme » et le «canon» ne renvoyant pas tout à fait aux mêmes référents et figures que le « centre »), et, plus largement, à procéder à une critique de la normalisation de certains concepts, objets et représentations récurrents dans nos disciplines.

Les manifestations en lien avec le « challenge 4 » de l’I-Site (« Risques naturels catastrophiques et vulnérabilité socio-économique») envisagent le dépassement et/ou la rupture de la norme :

  • - une réflexion sur les normes et leurs ruptures par la catastrophe sera également au cœur du prochain congrès de l’AGES «Catastrophes, menaces et risques naturels dans les pays de langue allemande » organisé par Anne-Sophie Gomez et Fanny Platelle les 10, 11 et 12 juin 2021, à MSH de Clermont-Ferrand.
  • - le colloque international « Écocritique(s) et catastrophes naturelles. Sciences humaines et sciences naturelles : regards croisés (xxe-xxie siècles) » (initialement co-organisé par Chloé Chaudet, Anne Garrait-Bourrier, Lila Lamrous et Gaëlle Loisel en novembre 2020, en partenariat avec l’Université d’Oklahoma, mais annulé en raison de la situation sanitaire), sera remplacé par une publication collective prévue pour fin 2021, aux Presses universitaires Blaise Pascal. En envisageant la catastrophe naturelle selon une approche écocritique mise en œuvre au-delà des études littéraires et artistiques, cette publication permettra de repenser les modalités et les enjeux de l’écocritique parallèlement aux frontières disciplinaires traditionnelles.


Dans une perspective genrée, plusieurs travaux se focaliseront sur la question de la différence, catégorie centrale dans les études féminines, et la critique littéraire féministe – renvoyant à un regard décentré tant sur l’évolution des genres littéraires que sur les représentations/rapports de genre (écriture féminine, écriture des femmes, tradition et généalogies féminines…)

  • Dans le cadre d’une collaboration entre l’Université Clermont Auvergne (CELIS) et la Biblioteca Iberoamericana Octavio Paz, Assia Mohssine organisera une journée d’études internationale « Las épicas invertidas de Sor Juana Inés de La Cruz » en lien avec le projet de recherche « Mujeres, Cuerpos y Épicas inversas » (2021, Université de Guadalajara, Mexique).
  • Assia Mohssine et Daniel Rodrigues organiseront le colloque international « Travestissement de la voix dans les littératures ibériques contemporaines » (MSH de Clermont-Ferrand, 1-3 juillet 2021).
  • Publication du volume collectif Nuevas escrituras del mal en las creadoras hispánicas contemporáneas (direction : Assia Mohssine et Samuel Rodríguez), Ediciones Alfar, Séville, 2021.
 
  • Assia Mohssine, Daniel Rodrigues et Stéphanie Urdician travaillent à la construction d’une plateforme MAAC (Matrimoine afro-américano-caribéen). Une action spécifique est envisagée en réponse à un AAP de L’Agence Universitaire pour la Francophonie (AUF) dont l’un des axes est « Mémoire collective et résilience ». Mise en avant des processus de transmissions/transformations des legs au féminin présents dans les œuvres des écrivaines afro-descendantes dans les Amériques. Participation à la création d’une plateforme numérique interactive en partenariat avec les universités caribéennes, avec une base de données sur les Matrimoines afro-caribo-américains, et son utilisation/re-création chez les écrivaines afro-descendantes dans les Amériques.
  • Journée d'études : « Matrimoine-Afro-Américano-Caribéen (MAAC) : enjeux, pratiques, représentations », 11 mai 2021, à la MSH de Clermont-Ferrand. Responsables : Stéphanie Urdician (CELIS, UCA) et Karine Bénac (LC2S, Université des Antilles).

Perspectives critiques sur le décentrement :

Enfin, on pourra envisager de manière critique la notion autour de laquelle se déploie cet axe, notamment en interrogeant la nature problématique de certains décentrements.

  • Les publications Hors Frontières et La Littérature de voyage aujourd’hui s’inscriront en partie dans cette perspective, en interrogeant notamment la survivance d’éléments et figures de l’impérialisme dans certaines écritures européennes du voyage et du déplacement.

Cette interrogation sera par ailleurs transversale à l’ensemble des projets.