Responsables : Chloé Chaudet, Anne Garrait-Bourrier, Assia Mohssine
L’axe « Décentrements » se structure autour d’une notion dont la polysémie et l’actualité sont à même de fédérer divers projets de recherche relevant d’approches à la fois « contemporanéistes » et transhistoriques, et s’inscrivant dans des perspectives autant épistémologiques, culturelles, socio-politiques que poétiques.

Encore peu exploré selon une dynamique transversale, le décentrement concerne, dans un sens général, « l’action de se décentrer ». La diversité des types et modes de décentrement possibles se manifeste par les acceptions plurielles de cette notion dérivée du verbe «décentrer», qui suggèrent cinq orientations de recherche possibles – qui seront a priori toutes exploitées en 2021.

Penser les décentrements : concepts, mouvements, échelles :

Dans un sens dit littéraire, « décentrer » se rattache à l’idée de « changer de centre », mais aussi à celle de « perdre son centre ». Cette ambivalence souligne d’emblée que penser les décentrements suppose de mener une réflexion sur ce que l’on entend par «centre(s) » et implique de réfléchir aux mouvements multiples qui accompagnent l’action de se décentrer, ainsi qu’aux échelles du décentrement.

Rapports entre « soi » et « l’autre » :

En psychologie, le « décentrement » désigne l’idée d’« éloigner de soi le centre d’intérêt de quelque chose ». Cette définition peut faire écho à la question des rapports entre « soi » et « l’autre », et de la nature de ces rapports. En l’occurrence, « l’autre » pourrait notamment se référer à celui ou celle qui entretient une relation avec le centre (cf. alter), mais désignerait aussi celui ou celle qui s’écarte radicalement du centre (cf. alius). Dans les deux cas, la question des relations entre les « périphéries » et les centres est essentielle.

  • En s’intéressant à trois grands types de trajectoires vers une altérité plus ou moins éloignée, les prochains numéros de la revue Viatica s’inscriront dans cette perspective :

- hors-série n°4, « Voyage et mémoire. Les enjeux mémoriels dans les récits de voyage de l’Antiquité romaine »,sous la direction de Fabrice Galtier ;
- n° 8, « Voyages inaboutis », sous la direction de Nathalie Vuillemin ;
- hors-série n°5, « Voyages immobiles », sous la direction de Liouba Bischoff.

  • Hélène Vial coordonnera un ensemble de manifestations liées à la question de la marginalité. Sont prévus, en 2021 un séjour de travail à Lille ; une journée d’études « La figure du perdant en littérature, dans les arts et dans l’histoire des idées : un état des lieux et des forces » (MSH de Clermont-Ferrand, 23 septembre) ; la création d’un carnet de recherches numériques sur hypotheses.org ; éventuellement le dépôt d’un projet Émergence ; le dépôt d’un projet Inter-MSH (avec Lille) et la construction d’un dossier de séminaire MSH ; la constitution d’une anthologie des figures antiques du perdant et d’un volume collectif sur les représentations du perdant dans la littérature antique.
  • Le programme Insectomania (direction : Yvan Daniel et Alain Montandon), au croisement de la sociopoétique et de l’écocritique, déroulera sa première phase sur l’année 2021, en associant, dans une démarche pluridisciplinaire et internationale, plusieurs équipes de recherche de l’UCA (CELIS, CHEC, LMGE Génome et Environnement) et plusieurs partenaires extérieurs (Université de Lille, Muséum national d’Histoire naturelle, Institut d’anthropologie historique de Berlin, Université de Bâle, Université de Lausanne, Université de Bilbao, Université des Etudes internationales de Pékin, notamment). Le programme comporte la journée d’études : « Les insectes et la métamorphose » (MSH de Clermont-Ferrand, 6 mai 2021). Responsable : Hélène Vial. 

Décentrement et transhistoricité :

Dans le contexte de la technologie, « décentrer » consiste à déplacer le centre de gravité d’un élément, et par extension, à le faire tourner autour d’un point autre. Il émergerait ici la question d’un possible transfert / « report » d’un centre à un autre, à même d’interroger la notion de décentrement dans une perspective transhistorique.

Décentrement et critique des normes :

Dans le domaine de l’optique, le « décentrement » désigne un « défaut d’alignement des centres des lentilles d’un appareil d’optique ». Cette idée de « défaut d’alignement » incite à envisager la question du rapport à la norme et au canon (la « norme » et le «canon» ne renvoyant pas tout à fait aux mêmes référents et figures que le « centre »), et, plus largement, à procéder à une critique de la normalisation de certains concepts, objets et représentations récurrents dans nos disciplines.

Les manifestations en lien avec le « challenge 4 » de l’I-Site (« Risques naturels catastrophiques et vulnérabilité socio-économique») envisagent le dépassement et/ou la rupture de la norme :

  • - le programme « Risques et catastrophes dans l’historiographie et les mythes de l’Antiquité à nos jours » coordonné par Fabrice Galtier sera inauguré par une journée d’étude intitulée « Catastrophes naturelles et dynamiques du changement » (Clermont-Ferrand, 27-28 mai 2021).


Dans une perspective genrée, plusieurs travaux se focaliseront sur la question de la différence, catégorie centrale dans les études féminines, et la critique littéraire féministe – renvoyant à un regard décentré tant sur l’évolution des genres littéraires que sur les représentations/rapports de genre (écriture féminine, écriture des femmes, tradition et généalogies féminines…)

Perspectives critiques sur le décentrement :

Enfin, on pourra envisager de manière critique la notion autour de laquelle se déploie cet axe, notamment en interrogeant la nature problématique de certains décentrements.

Cette interrogation sera par ailleurs transversale à l’ensemble des projets.