Concept majeur de la sociologie, la communauté est généralement appréhendée dans une double opposition, d’une part par rapport à la société (communauté organique, affective et spirituelle vs société contractuelle et fonctionnelle) et d’autre part par rapport à l’individu dont l’affirmation, à l’époque moderne se fait toujours au prix d’une remise en cause plus ou moins brutale de la société traditionnelle, que sociologues et anthropologues s’accordent à qualifier de communautaire.

Le thème de la communauté a déjà donné lieu à des études importantes (voir bibliographie) et, plus récemment, a mobilisé les comparatistes autour du programme d’agrégation « Solitude et communauté dans le roman » et du 9e Congrès de la Société européenne de littérature comparée (« Imaginer des communautés inclusives dans la culture européenne »). L’objectif du séminaire de sociopoétique 2022-2023 est de revisiter et d’approfondir cette question d’actualité à la faveur d’une approche sociopoétique, centrée sur l’analyse de l’écriture des interactions sociales. Il s’agira dans cette perspective d’examiner, dans des corpus divers, quelles sont les représentations de la communauté mobilisées par les auteurs et quels sont les enjeux de l’écriture des pratiques et des valeurs autour desquelles se soude la communauté.

Cette problématique sera abordée dans une perspective commune : « Intégrer/quitter la communauté », qui se focalise sur la dimension d’initiation aux codes (sociaux, intellectuels, spirituels) de la communauté et/ou d’émancipation à l’égard de ces codes. Ces deux processus, qui pourront être appréhendés séparément ou conjointement dans les communications, permettent de problématiser la relation entre l’individu, la communauté et la société de façon à la fois précise et très ouverte en ce qui concerne les corpus et leur empan chronologique.

En questionnant le rapport des individus à une communauté qu’ils intègrent et/ou qu’ils quittent, le séminaire invitera donc à s’interroger sur les codes sociaux autour desquels se structurent les représentations de l’individu. Comment la littérature et les arts nous donnent-ils à comprendre le processus d’initiation de l’individu à un ensemble de codes et de normes qui ne sont pas les siens ? Inversement, dans quelle mesure et à quel prix est-il possible de se déprendre des représentations autour desquelles se sont structurées la vision du monde et l’expérience relationnelle de l’individu ?

Le sujet « Intégrer/quitter la communauté » s’inscrit dans la perspective de l’axe « Décentrement » du CELIS, dans la mesure où il questionne un processus d’acculturation. Mais la diversité des types de communautés abordés peut rejoindre des questionnements complémentaires, sur l’écocritique (communautés rurales et néo-rurales…), sur la vulnérabilité (communautés marginales, dominées…), sur le genre (communautés masculines, féminines, LGBT…), etc.